Un écart abyssal entre production réelle et exportations officielles
Les données géospatiales et empiriques recueillies par le Groupe d'experts de l'ONU mettent en lumière une fraude minière à grande échelle dans la province de l'Ituri, en RDC. L'analyse de l'activité extractive révèle une dichotomie frappante entre les volumes extraits et les déclarations officielles. Sur la période s'étendant de mars 2024 à mars 2026, un seul site minier situé entre Mabanga et Nizi a généré une production d'or clandestine dont la valeur est estimée entre 300 et 800 millions de dollars. Parallèlement, un second site localisé près de Yedi a produit plus de 2 tonnes d'or depuis le début de l'année 2025. Face à ces rendements colossaux, les statistiques formelles s'effondrent : la province de l'Ituri n'a déclaré officiellement que 559 kg d'exportations aurifères pour l'ensemble de l'année 2025.
L'Ouganda, destination privilégiée de l'or de contrebande
L'or pillé sur le territoire congolais alimente directement les circuits d'exportation de l'Ouganda voisin, qui s'impose comme la plaque tournante de cette contrebande transfrontalière. En 2025, les exportations aurifères ougandaises ont enregistré une hausse spectaculaire de 30 %, atteignant un volume record de 62 tonnes. Cette manne représente une valeur marchande de 6,4 milliards de dollars. Selon les conclusions des experts de l'ONU, cette croissance fulgurante ne reflète pas une augmentation de la production nationale ougandaise, mais s'explique largement par l'afflux massif d'or clandestin en provenance de la RDC.
Exploitation illégale au cyanure et financement des milices
Dans le territoire de Djugu, le traitement des résidus miniers par lixiviation au cyanure connaît un développement rapide et totalement anarchique, en dépit des interdictions légales en vigueur. Les observations de terrain ont permis de recenser 388 bassins dédiés à cette pratique hautement polluante. Plus inquiétant encore, cette filière illicite participe directement à l'économie de guerre régionale : plusieurs de ces installations opèrent sous le contrôle strict de groupes armés locaux. Ces milices prélèvent des taxes régulières sur la production, transformant ainsi l'exploitation environnementalement désastreuse de l'or en une source de financement direct pour leurs activités armées.