Un potentiel de taille mondiale face au défi fiscal
Le gisement de lithium de Manono Katotolo, situé dans la province du Tanganyika en RDC, est présenté comme l'un des projets miniers les plus prometteurs du pays pour s'imposer sur le marché mondial des batteries électriques. Cependant, l'ambition du gouvernement de lancer l'exploitation industrielle se heurte à un obstacle réglementaire et financier. Un projet de décret, soutenu par le ministre des Mines Louis Watum, vise à classer le lithium comme « minerai stratégique ». Cette décision ferait mécaniquement grimper la redevance minière de 3,5 % à 10 %.
Selon l'expert minier Lewis Yola, cette modification fiscale imprévue pourrait avoir des répercussions directes sur les opérateurs. Elle risque de bouleverser les études de faisabilité actuellement menées par l'entreprise Manono Lithium et, par conséquent, de retarder le démarrage effectif de l'exploitation du gisement.
Risques de gouvernance et alertes de la société civile
Au-delà des enjeux fiscaux, le projet fait face à d'importants défis en matière de gouvernance et de transparence. L'organisation de la société civile Resources Matters dénonce de nombreuses zones d'ombre dans la gestion des droits miniers sur ce site stratégique. L'ONG a ainsi identifié 9 signaux d'alerte majeurs, parmi lesquels figurent :
- Le conflit juridique persistant qui oppose depuis plusieurs années les entreprises AVZ Minerals et la Cominière pour le contrôle du gisement.
- L'opacité entourant les contrats de joint-venture.
- Des irrégularités présumées dans le processus de transfert des participations de l'État congolais.
- De lourds soupçons de corruption.
Pour éviter que la filière naissante du lithium ne reproduise les erreurs passées observées dans les secteurs du cuivre et du cobalt, Resources Matters formule des recommandations strictes. L'organisation exige la publication intégrale des contrats miniers et plaide pour une implication accrue des communautés locales dans le développement du projet.