La bataille pour les archives coloniales de la RDC
La République Démocratique du Congo (RDC) s'est engagée dans une démarche stratégique pour récupérer ses archives coloniales. Le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, a récemment convenu avec la Belgique et l'Union européenne d'une feuille de route visant à numériser et restituer ces documents historiques. Conservées à l'AfricaMuseum de Tervuren en Belgique, ces ressources représentent pas moins de 500 mètres de rayonnages d'archives géologiques centenaires. Elles recèlent des données cruciales sur des zones encore inexplorées et sur des minerais devenus hautement stratégiques pour la transition énergétique mondiale.
L'enjeu de la donnée géologique à l'ère de l'IA
Dans le secteur minier, la donnée géologique est un actif fondamental qui permet de réduire considérablement le risque financier en amont des forages. Cette réalité prend une nouvelle dimension avec l'émergence des nouvelles technologies. La start-up américaine KoBold Metals, soutenue par des investisseurs de renom tels que Bill Gates et Jeff Bezos, illustre parfaitement cette dynamique. L'entreprise utilise l'intelligence artificielle pour analyser ces bases de données historiques afin d'optimiser ses campagnes d'exploration. Actuellement, KoBold Metals a investi 50 millions de dollars dans l'exploration du lithium en RDC, réalisant 30 000 km² de levés aéroportés et sécurisant 3 000 km² de permis d'exploration autour de la région de Manono.
Souveraineté publique contre intérêts privés
L'accès à ces informations soulève un enjeu majeur de souveraineté minière. Un arbitrage délicat s'opère actuellement entre les intérêts privés et publics. D'un côté, KoBold Metals cherche à obtenir un accès privilégié à ces archives pour alimenter ses propres modèles prédictifs. De l'autre, Kinshasa ambitionne de transformer ces données en une véritable infrastructure publique. Face à cette situation, la Belgique a refusé d'accorder une exclusivité privée à la start-up américaine. Elle privilégie un programme public, financé par l'Union européenne, pour restituer ces données à l'État congolais, garantissant ainsi que cet héritage géoscientifique ne soit pas monopolisé par des intérêts privés.
Un défi de compétitivité pour le continent africain
Cette bataille pour les données met en lumière un frein majeur à l'investissement minier sur le continent. Bien que l'Afrique représente 22% des terres émergées mondiales et possède un immense potentiel, elle n'a attiré que 10% des dépenses mondiales d'exploration minière en 2024. Ce déficit d'attractivité s'explique en grande partie par le manque de cartographie géologique fiable. Pour y remédier et renforcer leur compétitivité, plusieurs États africains prennent les devants, souvent avec l'appui d'institutions comme la Banque mondiale. Le Botswana, le Nigeria, ou encore le Kenya investissent massivement dans la centralisation et la production de leurs propres données géoscientifiques. Au Kenya, par exemple, une récente campagne géophysique a déjà permis d'identifier 970 nouvelles occurrences minérales, prouvant que la maîtrise de l'information géologique est le premier levier de la valorisation du sous-sol africain.