La montée en puissance du capital privé local dans l'or burkinabè
Le secteur aurifère du Burkina Faso traverse une transformation historique. Sous l'impulsion de la politique de nationalisation engagée par la junte d'Ibrahim Traoré depuis 2022, des hommes d'affaires locaux s'emparent d'actifs stratégiques autrefois détenus par des multinationales étrangères. Au premier rang de cette nouvelle génération de propriétaires figure Inoussa Kanazoe et son groupe Soleil Resources International.
L'ascension fulgurante de Soleil Resources International
Fondé fin 2023 par El Hadj Inoussa Kanazoe, Soleil Resources International s'est rapidement imposé comme un acteur incontournable. En mai 2024, le groupe a acquis les actifs miniers de la société turque Avesoro (mines BMC). En avril 2025, une étape majeure a été franchie avec le rachat de Roxgold Sanu SA (exploitant de la mine de Yaramoko) auprès du canadien Fortuna Mining Corp pour un montant de 70 millions de dollars, complété par 57,5 millions de dollars de dividendes.
La mine de Yaramoko est une opération souterraine à haute teneur, réputée pour sa complexité technique et ses exigences élevées en ingénierie minière.
La double mécanique de la souveraineté minière
La stratégie burkinabè repose sur un modèle hybride : d'un côté, une reprise étatique directe via la SOPAMIB (Société de participation minière du Burkina Faso) ; de l'autre, l'absorption des actifs par le capital privé national. À la fin de l'année 2025, six des quinze mines industrielles du pays étaient sous contrôle burkinabè. Parallèlement, le code minier révisé en 2023 et les décrets de 2026 (notamment sur la mine de Kiaka) ont renforcé la participation de l'État, provoquant le départ de géants comme IAMGOLD, Nordgold et West African Resources.
Les défis opérationnels et sécuritaires
Si cette transition consacre la souveraineté économique du pays, elle soulève des questions cruciales sur la capacité des opérateurs locaux à maintenir les performances techniques dans un contexte sécuritaire dégradé, marqué par le déplacement de plus de deux millions de personnes et une hausse des coûts opérationnels.