Inoussa Kanazoe, l'un des hommes d'affaires les plus riches du Burkina Faso, s'impose comme le principal bénéficiaire de la campagne de nationalisation menée par la junte militaire pour reprendre le contrôle du secteur aurifère national de 7 milliards de dollars, auparavant dominé par des compagnies étrangères.
Le groupe Soleil Resources International de Kanazoe aurait acquis les mines de BMC et Roxgold, deux actifs aurifères majeurs autrefois détenus par des entités étrangères. Cette opération s'inscrit dans l'accélération de l'agenda de nationalisme des ressources du président Ibrahim Traoré, qui a profondément restructuré l'économie minière du pays en moins de trois ans.
### Une indigenisation à double détente
L'approche du Burkina Faso se distingue d'une simple nationalisation d'État. Elle repose sur un double mécanisme : d'une part, l'État acquiert directement des mines et des licences via la SOPAMIB (Société de Participation Minière du Burkina Faso, créée en 2023) ; d'autre part, la junte permet aux capitaux privés locaux d'absorber les actifs que les entreprises étrangères sont poussées à abandonner. D'ici la fin de 2025, six mines industrielles actives étaient détenues majoritairement par des acteurs locaux, tandis que trois étaient contrôlées par la SOPAMIB. Une transformation radicale pour un secteur historiquement dominé par l'étranger.
### Durcissement réglementaire et départ des géants étrangers
Depuis le coup d'État de septembre 2022, la trajectoire politique de Traoré n'a cessé de s'accélérer :
- **2023** : Révision du code minier augmentant la participation obligatoire de l'État et réorientant les revenus vers le développement local et une réserve nationale d'or.
- **Octobre 2024** : Annonce de la révision et de la révocation potentielle de certains permis étrangers.
- **Avril 2026** : Décret portant la participation de l'État dans la mine de Kiaka à 40 % (contre 15 % auparavant).
Face à cette pression réglementaire et à un contexte sécuritaire critique marqué par l'insurrection islamiste, des géants comme le canadien IAMGOLD, le russe Nordgold et l'australien West African Resources ont amorcé leur retrait.
### L'opportunité Soleil Resources
C'est dans ce vide que s'engouffrent Inoussa Kanazoe et Soleil Resources. Grâce à leur proximité politique avec les autorités de transition, ils acquièrent des actifs avec une décote géopolitique significative. Reste à savoir si ces acteurs locaux pourront exploiter ces mines avec le même niveau d'efficacité technique et de rentabilité que leurs prédécesseurs étrangers. Pour Kanazoe, déjà actif dans le BTP et l'immobilier, ce pari sur l'or pourrait faire de lui l'un des hommes les plus riches d'Afrique de l'Ouest francophone.