Chute des cours et perte du statut de valeur refuge
Contrairement aux attentes, le conflit au Moyen-Orient a mis fin à deux ans de hausse ininterrompue pour les métaux précieux. Depuis le début du conflit en Iran fin février 2026, le cours de l'or a enregistré une baisse spectaculaire de 20 %, perdant ainsi son rôle traditionnel de valeur refuge. Alors qu'il avait atteint un sommet historique à 5595 dollars l'once fin janvier, l'or s'est échangé à 4078 dollars ce vendredi, après avoir glissé sous la barre symbolique des 4000 dollars pour la première fois depuis novembre 2025. L'argent subit une correction encore plus sévère, avec une chute de 50 % depuis son pic de fin janvier pour s'établir à 58,37 dollars. Ces métaux souffrent directement de la concurrence du dollar américain et des obligations d'État, devenus nettement plus attractifs pour les investisseurs.
Impact des politiques monétaires et de l'inflation
La crise énergétique provoquée par le blocage du détroit d'Ormuz a relancé l'inflation à l'échelle mondiale. Face à cette pression sur les prix, la Réserve fédérale américaine (Fed) a dû adapter sa stratégie. Son nouveau président, Kevin Warsh, a récemment suggéré une possible hausse des taux d'intérêt dès le mois d'octobre. Cette perspective pénalise fortement l'or, un actif qui ne génère pas de rendement direct, contrairement aux obligations dont les rendements grimpent. Parallèlement, comme l'analyse Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier, le dollar américain s'est considérablement renforcé. Ce dynamisme du billet vert est soutenu par des investissements massifs dans l'intelligence artificielle et par la position énergétique très favorable des États-Unis.
Comportement des banques centrales et prévisions révisées
Sur le marché institutionnel, certaines banques centrales, notamment celles de la Turquie et de la Russie, ont procédé à des ventes d'or pour soutenir leurs monnaies nationales ou renflouer leurs caisses face aux défis économiques internes. Néanmoins, la tendance de fond demeure à l'accumulation, ces institutions ayant acquis en moyenne 1000 tonnes d'or par an au cours des quatre dernières années. Selon les dernières données du World Gold Council, 45 % des banques centrales sondées prévoient d'accroître leurs réserves au cours des 12 prochains mois. Malgré ce soutien institutionnel de long terme, les perspectives immédiates ont été ajustées : Goldman Sachs a abaissé sa prévision pour le cours de l'or à la fin de l'année 2026 à 4900 dollars l'once, contre les 5400 dollars initialement attendus.