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Stratégie & Analyse

Afrique de l'Ouest : les États veulent des mines d’or, mais pas le risque qui va avec

La flambée des cours de l'or pousse les États d'Afrique de l'Ouest à multiplier les reprises d'actifs et à durcir leur fiscalité. Mais cette reconquête se concentre sur les mines matures en fin de vie, délaissant la phase cruciale et risquée de l'exploration faute de financements locaux adaptés.

By La Rédaction
June 04, 2026
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Afrique de l'Ouest : les États veulent des mines d’or, mais pas le risque qui va avec

La flambée de l'or pousse plusieurs États ouest-africains à reprendre la main sur leurs mines et à réclamer une part plus large de la rente. Le cas Gold Fields au Ghana rappelle que cette reconquête se joue presque toujours en bout de chaîne, là où le risque a déjà été assumé par d'autres.

Les autorités ghanéennes ont ouvert fin mai la voie à un possible retrait de la mine de Tarkwa à Gold Fields, en écartant le renouvellement automatique du bail détenu depuis plus de trois décennies par le groupe sud-africain. Signe d'une pression croissante des États sur la rente minière, cette décision intervient dans un contexte où, d'Abidjan à Ouagadougou, les gouvernements réclament leur part une fois les gisements découverts, les mines financées et le risque assumé par d'autres.

L'illustration la plus nette de cette tendance est venue quelques semaines plus tôt, quand Accra a repris la mine de Damang, propriété du même Gold Fields et arrivée en fin de vie, pour la confier à la société locale Engineers & Planners. Chez le premier producteur africain d'or, ces deux décisions condensent deux dynamiques distinctes qui traversent toute la sous-région.

Ouvriers de la onzième heure

La première relève de la captation de la rente. Avec l’or qui s'échange autour de 5 000 dollars l'once après une envolée d'environ 70 % en 2025, les États veulent que cette manne se traduise par davantage de recettes, d'emplois et de valeur ajoutée locale. Comme la Côte d'Ivoire ou le Burkina Faso avant lui, le Ghana a décidé cette année de remplacer sa redevance fixe de 5 % par un barème progressif pouvant grimper jusqu'à 12 % sur les ventes d'or des compagnies. Le Mali impose une participation de 5 % aux investisseurs nationaux, tandis que le Burkina Faso monte au capital de ses mines par l'intermédiaire d'une société minière publique dédiée. Redevances, participations publiques, quotas de contenu local, la panoplie de la souveraineté minière est désormais bien rodée.

La seconde dynamique concerne la reprise d'actifs déjà exploités, souvent matures, parfois proches de l'épuisement. Que l'on songe à Morila au Mali, reprise par l'État en 2025 plus de deux décennies après sa mise en service, à Tongon en Côte d'Ivoire, rachetée par le groupe ivoirien Atlantic de Koné Dossongui, alors que Barrick Mining estimait les réserves quasi épuisées, ou à Damang au Ghana, l'attention publique se porte presque toujours sur des mines dont la valeur principale a déjà été extraite. L'État ou les acteurs locaux interviennent alors en bout de chaîne, lorsque l'essentiel du risque géologique, financier et industriel a déjà été assumé par d'autres.

Toutes ces mesures portent rarement sur le commencement du cycle minier. L'exploration, la délimitation d'un gisement, le financement des premiers forages, ces étapes risquées et coûteuses demeurent largement l'affaire d'acteurs étrangers. L'État laisse d'autres défricher le terrain, puis revient une fois le risque dissipé, à la manière des ouvriers de la onzième heure.

Le prix de la souveraineté

Le vrai sujet est ailleurs, dans la difficulté des acteurs locaux à se positionner en amont, là où la valeur se crée. Les juniors minières australiennes ou canadiennes, ces petites sociétés spécialisées dans la recherche de gisements qu'elles revendent ou développent ensuite, ne se distinguent pas de leurs homologues africains par les compétences techniques. La différence tient surtout à l'accès au financement, plus difficile pour les structures africaines.

En 2025, le secteur minier a représenté 16 milliards de dollars sur les 33,3 milliards levés au total à la Bourse de Toronto et à la Bourse TSX-V au Canada. L'Australie et le Canada disposent de marchés profonds et d'investisseurs rompus aux risques spécifiques du secteur minier. Rien d'équivalent en Afrique. La Bourse régionale des valeurs mobilières d'Abidjan (BRVM) n'est pas configurée pour l'investissement minier à haut risque, et les banques commerciales réclament des garanties tangibles que la phase d'exploration ne peut fournir.

Reprendre une mine en fin de vie consacre une souveraineté de bout de chaîne. La maîtrise de la part amont, celle de l'exploration et du lancement, suppose d'en assumer aussi le risque, longtemps laissé aux opérateurs étrangers. C'est sur ce terrain, davantage que sur celui des redevances et des reprises d'actifs, que pourrait se jouer la réussite du nationalisme minier en Afrique de l’Ouest.

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